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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 20:52

Avant d'écrire, avant de vous écrire, il a fallu attendre que s'éclaircisse l'esprit, qu'une sorte d'équilibre s'établisse entre la tête, les tripes, les respirations désordonnées du « Sourire » parfois si mal nommé quand tout semble basculer autour de soi, tandis que défilent les chiffres qui indiquent qu'assurément la Géorgie se rapproche, qu'enfin nous allons pouvoir vous faire savoir que nous avons tenu le coup de cette traversée vent arrière, à l'allure moyenne de sept nœuds, poussés par un vent qui a varié entre 25 et 55 nœuds, dans une mer aux vagues belles comme celles décrites par les navigateurs qui en ont vues de toutes les couleurs.
Encore imprégnés des sensations d'un été qui se terminait doucement, pas encore convaincus que nous filons vers les débuts du printemps comme la température extérieure ne l'indique pas vraiment dans ce Grand Sud, nous vivons des heures de mer intenses, désormais attentifs aux icebergs qui pourraient surgir devant la proue.


Nos quarts établis pour une durée d'1h30, par équipe de deux, se déroulent sous la surveillance des vrais marins du bord, Hugues et Marie Paule, à l'abri dans le carré confortable et suffisamment haut sur l'eau pour nous permettre de jouir le jour d'une imprenable vue sur la crête et le creux des vagues. La nuit est une autre affaire, plus compliquée selon son état, celui de la mer, l'emplacement de sa couchette, les heures de ses quarts. Parfois, allongés, comateux, l'on a comme l'impression de se trouver dans un manège déjanté : imaginez-vous dans un vieux train fonçant sur des rails ravagés par les ans et perclus d'aiguillages et d'embranchements, fermez alors les yeux et écoutez les bruits du monstre d'acier filant sans pouvoir interrompre son élan, il pénètre dans des masses d'eau, en ressort, replonge, tangue, fonce, reçoit des gifles d'eau de mer monstrueuses, interrompra-t-il sa course folle, bon Dieu mais arrête, laisse-nous descendre, non, la nuit imprime une sensation de folle vitesse à vos neurones ensommeillés, l'heure de son quart arrive, il est temps d'ouvir l'œil et de recouvrer ses sens...à peu près normaux.


Certains dorment beaucoup, d'autres sont frais et disponibles pour les manœuvres, d'autres lisent Philippe Tesson, ou piochent dans la bibliothèque du bord, certains vont prendre de grands bols d'air et de mer et admirer, assurés par leur longe, le vol des albatros et des pétrels, une autre vie s'installe, sans téléphones portables, sans nouvelles, à l'écoute des récits d'expéditions des uns et des autres, avides de savoir comment Hugues et Marie Paule vivent dans leur presqu'île des Falklands, avec leurs cinq mille moutons répartis sur treize mille hectares, leur bateau, leurs enfants désormais grands, les autochtones, les anglais, les militaires, les touristes puisque depuis quelques années cette activité s'est développée grâce notamment aux Cruise ships.
On aurait aimer communiquer avec les nôtres mais il n'y a pas de moyens simples ni efficaces et économiques, tant que nous effectuions la traversée Falklands-Géorgie du Sud, d'entrer en communication avec les nôtres, dix mille fois sorry pour cela, pour notre silence bien involontaire mais cependant prévu.

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Published by jeanguide
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commentaires

jo de Fouch 20/09/2015 17:51

J'attends la suite avec impatience. Bravo pour ce morceau de bravoure (écrite et vécue !). On reconnait l'auteur à la brièveté de ses phrases, que l'on apprécie...

delort thérèse bernadette 20/09/2015 06:16

belle écriture

Michèle Paquet 19/09/2015 09:27

Merci pour ces nouvelles rassurantes, pour le récit très réaliste de votre vie à bord, j'imagine le vent, les vagues , les oiseaux et aussi le bruit et les nausées .
Vivement la suite !