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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 15:59

Huis clos à dix ou

Ça fraîchit du nord-ouest, ou

Ça rit jaune dans le carré...

On l'a entendu cette incantation, on l'a attendu ce vent, on l'a eu, oui, tu parles, le dernier jour, et encore ! Pour le reste, pas moins que les cinq premiers jours...ce fut huis clos à huit (plus deux et pas n'importe lesquels), plein ouest le vent, c'est à dire (pour ceux qui débarquent...sur le sujet) en plein dans le pif !

Juste le temps de prendre sa respiration, de tenter de se caler entre deux points fixes, et bingo, l'opération machine à laver rebaptisée « Crabe tambour » (pas le tambour de la machine à laver, quoique...mais celui de ce film à la fin duquel un long plan séquence offre au spectateur des images d'un cuirassé fendant la mer qui explose en monstrueuses gerbes d'écume de part et d'autre de l'étrave), l'opération machine à laver disais-je, nous lessive littéralement !

Nos merveilleux marins (c'est à dire les « plus deux et pas n'importe lesquels) n'y peuvent rien, et puis d'ailleurs quand bien même ils y pourraient quelque chose, qu'on nous l'avait bien dit : le retour ça déménage ! « Le Sourire » est conçu pour les allures portantes, pas pour remonter au vent, ce n'est pas une bête de course, c'est un bon bourrin sûr mais dur pour les âmes et les cœurs sensibles.

Déménager ça n'amuse personne, mais emménager dans une lessiveuse, même confortable, s'il y en a, c'est franchement carrément complètement débile. Tituber et vomir comme si l'on avait trop bu (stricte interdiction de boire à bord pendant la navigation, et le pire c'est que nous avons scrupuleusement respecté les consignes), se cogner comme si l'on avait perdu la vue et l'équilibre en même temps, glander des heures durant comme si l'on avait perdu goût à la vie, un jour, deux jours, trois jours, quatre, cinq, six...et on a payé pour cela ???...

Voile et moteur, moteur plus que voile, voile plus que moteur, nos deux marins ont tout tenté, tout fait pour chercher à soulager nos misères, devant lesquelles d'ailleurs règne entre nous une grande inégalité devant l'adversité. Mais comme, face à elle, nous avons fait front commun, on ne fera pas de distingo entre les uns et les autres.

Au demeurant, dans cette adversité nous avons été aussi dignes qu'il était possible de l'être, aussi efficaces dans les quarts (deux quarts de jour, deux quarts de nuit pour chacun) que nous l'imposaient nos éducations respectives, aussi souriants dans toutes les nuances du jaune...aussi attentifs à la télévision du bord (le radar) que la sécurité l'exigeait.

Nous n'avons pas bu, mais nous avons beaucoup lu en pensant à ceux que la mer berce toute leur vie durant (la bibliothèque de bord très fournie en ouvrages sur la découverte des océans et des îles et continents le permettait), bercés par la musique produite par le claquement des drisses sur le mat, du vent dans les haubans, celle, moins émouvante car plus assourdissante peut être, du ou des moteurs, celle saisissante des lames qui claquent en explosant contre la coque et les vastes hublots.

Aussi, dans notre espace grand ouvert sur l'océan mais toutefois confiné, nous avons appris à lire et pour certains comprendre les cadrans : RNG, COG, SOG, BRG, AN, GI, et je passe sur le vent apparent et le vent réel, et autres angles à considérer.

Nous revenons donc, et ce n'est pas un mince résultat, plus amarinés que nous l'étions en partant si nous ne sommes pas lavés, pas changés depuis près d'une semaine, mais tout cela nous semble après tout comme presque futile, voire inutile !

Après une soirée un peu arrosée à Port Stanley nous voilà bientôt partis pour une ultime partie de mer, direction Dunbar, tout à fait à l'Ouest des Falklands, là où nos marins préférés nichent avec leurs milliers de moutons et d'hectares et de manchots et leur « Sourire », bien planqué paraît-il dans une petite anse qui s'ouvrira à nous demain matin pour une ultime découverte dont la perspective nous enchante.

Puis ce sera Dunbar-Port Stanley-Punta Arenas-Rio Gallegos-Santiago-Paris-Genève, et c'en sera alors terminé de notre voyage-expédition au fantastique pays des montagnes de la mer. Merci à nos deux guides, sûrs (pas de casse, pas de malades non plus), sérieux, drôles parfois, curieux toujours, aventuriers entraînant, hier, aujourd'hui et sûrement demain...

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Published by jeanguide
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