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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 11:51
Voyage en face N du Pelvoux sur l’arête N de la pointe Puiseux.
 
En 1848 Victor Puiseux, grand mathématicien astronome Français, découvre que le Pelvoux n’est pas la cime la plus haute du massif des Ecrins. La Barre des Ecrins, non visible depuis les derniers villages de la Vallouise, domine de plus d’une centaine de mètres. Précurseur de l’alpinisme « sans guide », il fit pourtant cet été-là la 2ème ascension de ce sommet avec le guide Pierre Antoine Barnéoud agé de 64ans et donna son nom à une des pointes.
 
Moi je ne connaissais pas cette pointe, Je connaissais encore moins tout le massif du Pelvoux. Je n’étais jamais monté sur ces sommets !

 

Quelle honte ! Par soucis de préserver mes genoux, souvent opérés, dans les années 2000/2010 je me suis éloigné des grandes bambées de l’Oisans. C’est un regret. Un regret de cette montagne qui ne se picore pas comme parfois dans d’autre massif. Ici elle se vit.
 
On part des alpages ou l’herbe est grasse, la forêt luxuriante et l’on gravit peu à peu les étages pour rejoindre l’altitude des moraines ou l’herbe se fait rase, puis le monde minéral nous envahit pour de longues heures d’errance rocheuse avant de plonger sur son autre versant pour de nouveau sentir le retour au monde civilisé.
 
Alors cette envie d’aller en face N du Pelvoux vient de Mat Detrie. Depuis quelques années, a ENSA nous avons posé comme préambule à l’entrée en formation des guides d’avoir gravit certaines ascensions. Des courses d’envergures, des courses d’une difficulté pas extrême mais qui demandent un véritable engagement. Lors de ces courses on développe des qualités qui seront nécessaires à un guide. Recherche de l’itinéraire dans un endroit très peu fréquenté, gestion de la progression en terrain délicat, gestion de l’engagement, de la descente en fonction de l’heure…Cette arête fait partis des ascensions proposée dans la liste.
 
Partir dans cette course, c’était pour moi l’occasion de me remettre dans la peau d’un jeune ayant un jour l’espoir de venir pousser la porte de l’ENSA.
 

 

 

C’est accompagné de Mélanie, Bruno et mon ami Romain, qu’à 3h du matin nous avons commencé à pousser sur les pattes arrière depuis le pré de madame Carle. Un moment que j’affectionne particulièrement. Il fait chaud, presque trop chaud. Le sentier est tranquille jusqu’à la moraine et la nuit noire. Noire à rien y voir sans frontale. On se fait dépasser par les « va-vites » du pilier Sud des Ecrins. Des belles machines aux pas allongés. Nous, nous avançons comme des guides !
 

 

Le jour se lève doucement dans les pentes de neige sous l’attaque. 5h45 il est temps de mettre la machine à grimper en route. Au-dessus de nous 1100m nous domine avant le sommet. L’ambiance est belle, la paroi attirante. Les mètres défilent avec concentration jusqu’à la tour jaune. En quelques mètres la paroi se redresse, le rocher se compactisse. Je suis bluffé par ces 2 longueurs pour rejoindre la vire de changement de roche. Elles sont raides et prisues mais surtout pour nous grimpeur des Alpes du N il n’est pas facile de grimper vite. On ne se protège pas aussi facilement que quand les fissures qui se voient à l’avance comme sur le granit chamoniard. Le piton se découvre dans le repli de la paroi, la prise se sent en la touchant. Cette même prise se tâte avant de la serrer au risque qu’elle nous reste dans les mains.
 

 

 

Dans ce terrain la vigilance est autant dans l’itinéraire qui faut inventer en devinant les passages suivants, que dans la protection suffisante pour soi et son second tout en déroulant le fil pour avancer le plus efficacement. C’est un jeu ou il n’y a pas de bon ou mauvais, il y a simplement celui qui est bon. Un de ces 3 domaines ne peut se négliger. Mélanie et Bruno ont compris sans palabre que cette journée serait longue mais surtout exigeante. Ils sont parfaits. Chacun grimpe au mieux de ce qu’il peut. Et pour nous guide c’est une vraie confiance que l’on met envers eux.
 

 

 

Quand dans la traversée verticale de 10m avec un pas descendant, je vois Mélanie quitter le relais, j’ai de l’appréhension, j’ai envie de me retourner. Il n’est pas possible de poser un point avant d’avoir fait cette traversé de 10m, puis monté de 6m, et enfin mousquetonner un vrai piton pourri qui dépasse de 4cm. Delà on franchit un mur limite déversant en ascendance à droite. Rien de dur, il faut juste être au maximum de sa concentration. Romain est un maître dans ce terrain. J’apprécie particulièrement sa sérénité et surtout sa détermination. Il ne tremble pas. Son regard est précis et sa pose de pieds impressionnante. Lui il adore ces moments. Et moi je me régale.
 

 

Quand enfin nous rejoignons l’arête ouest, le sourire aux lèvres exprime notre plaisir. Il ne reste plus qu’à se faufiler sur le « scramble rock » pour rejoindre le sommet. Bruno passe devant et je le suis doucement pour profiter de ces derniers moments.
 

 

 

Au sommet, le temps de quelques bouchées de sauss et d’un carreau de choc praliné j’appelle mon ami Robin Molinatti, un expert de cette montagne, pour valider la meilleure option de descente. Rochers rouge ou Coolidge ? Errance dans ces rochers ou il est plus facile de trouver le cheminement à la montée qu’à la descente ou d’un couloir pourrie qui n’en est plus un. Coolidge me répond Robin.
 

 

 
3h30 plus tard nous passons le pas de la porte du refuge du Pelvoux. Une lumière se glisse encore sous la desserte de la cuisine. J’ose demander : il y a quelqu’un ? Mathieu sort de son antre surpris de nous voir. Après quelques explications la bière est sur la table et Mathieu nous propose une omelette. Whaou ! Milles merci pour cet accueil tardif mais tellement à l’image de son refuge.
 
Merci Mélanie et Bruno pour la confiance que vous mettez en nous.
Merci Romain pour toutes tes qualités
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