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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 07:37

Il y a une semaine, nous étions sur la Noire de Peuterey.

 

Une ascension longue et belle ou le grésil c’est invité pendant quelques heures sur la première journée. Le soir au bivouac pas d’eau. Nous le savions et les sacs s’étaient alourdis à Borelli avec 3litres chacun. Alors le jeu est fin, mettre les chaussons pour pouvoir faire des petits pas d’adhérence régulier pour ne pas forcer comme une brute et avancer le plus efficacement possible avec un sac lourdi par les grosses chaussures dedans, ou alors rester en « grosses » et bouriner pour monter les pieds. C’est une vraie question.

 

Le soir au bivouac, la langue est lourde. Bien que remplies le matin les gourdes se sont presque vidées. Et pourtant il fait froid. Heureusement pour la déshydratation, malheureusement pour le bivouac. Au petit jour vers 5h30, je sors de mon duvet pour humer l’air. L’air n’est pas là, mais le givre de la nuit bien là. Une fine pellicule recouvre tout. Humm c’est beau mais c’est CRU ! Je scrute le pilier du Freney pour apercevoir les premiers rayons du soleil qui nous réchaufferont. Ce n’est pas pour tout de suite dans la pointe Ottoz ou l’on grimpe en ouest. Il fait froid, on ne sent plus le bout de ces orteils serrés dans les chaussons. J’ai pourtant pris mes péniches. Dans Brendel et la Ottoz on visite l’histoire du pitonnage. Des pitons d’antan dans des longueurs grandes classes. C’est la 4ème fois que je passe ici. Je ne peux m’empêcher de repenser à mon parcours seul en 1994.

 

Difficile de ne pas me rappeler les heures vécues seul sur l'intégrale quand j'avais 23 ans. Un temps ou le jeu d'être précis dans sa grimpe, dans son engagement m’exaltait au point de vouloir grimper seul, sans lien. Ou chaque pas devait être parfait car la sanction pouvait être radicale.

Aujourd’hui quand je refais cette voie, je me demande si mes souvenirs sont vrais. Ai-je vraiment parcouru ces longueurs avec mon gros sac Lafuma 75l, mes Koflachs jaune fluo, mes chaussons résine rose de « one-sport », mon Piranha comme piolet, mes 2x50m de corde de 7mm statique pour les rappels de la noire, mon réchaud bluet de camping gaz et ces cartouches à percutées, ma combinaison Millet « Escoffier » ? C’était un 13/14/15 aout. Déjà à l’époque, à cette période de la saison il n’y avait plus de neige dans les « Dames anglaise ». Arrivée en milieu d’aprèm à Craveri j’étais descendu en rappel dans le couloir sous le bivouac versant Brenva pour essayer de trouver de la neige. J’étais remonté avec de la glace noire mélangé à de la terre et des cailloux. Après l’avoir fait fondre j’ai voulu filtrer cette eau saumâtre. Je n’ai rien trouvé de mieux que d’utiliser mes topos de la noire sans me rendre compte que les photocopies sont pleines de produits chimique. J’ai vomi une partie de la nuit avant de me dire qu’il fallait que je bouge pour aller trouver de la bonne neige à la Blanche et me ré-hydrater. La suite avait déroulé, avec une descente épique par le petit et grand plateau puis par la montagne de la côte et enfin Chamonix à 23h. A l’époque n’ayant pas de chez moi et surtout plus rien à manger, je suis allé me glisser dans les cuisines de la grande école (chuuuuut) Malheureusement après mettre empiffré je me suis endormis dans la cuisine. J’étais bien avec le ventre repu et la tête remplie d’émotion. Au petit matin le bruit de l’arrivée du cuisinier m’a réveillé. Vite tout ranger et se glisser dehors encore hagard par la fatigue et la nuit.

 

La semaine dernière nous n’avons pas basculé sur les Dames Anglaises. Pas d’eau dans les Dames Anglaises et à Craveri voulait dire une longue journée sans eau, un bivouac sans eau et une remontée à la Blanche sans eau. Un enfer peut être jouable mais difficile à se projeter dedans. Un autre point m’interpellais : la veille de partir j’ai reçu une photo de l’éboulement qui a eu lieu la veille à droite de la Gugliermina. Tout un pan s’est effondré sur les vires Schneider. En arrivant au sommet de la pointe Bich, en observant la montée à la Blanche, je me suis posé la question de qu’est ce qui tenait. La sécheresse de ce versant est impressionnante. En haut du couloir Schneider, quand on bascule versant Brenva, on traverse 2 couloirs avant de remonter une côte rocheuse qui est un empilement d’assiette sur 2/300m.

 

Alors nous avons pris la décision de s’en retourner sur l’arête Est. Un autre voyage commençait. Mon ami Francesco a fait un travail incroyable pour rebaliser et ré-équiper cette arête. Depuis c’est devenu un très très bel itinéraire ou l’on navigue entre arêtes, vires et petits couloirs tout en restant sur du rocher sain. Il me semble que la montée de cette arête va devenir une grande classique. Il faut aussi se rappeler que c’est l’itinéraire historique de l’intégrale de Peuterey.

 

Merci Benjamin pour ta confiance. Merci Simon et Pierre d’avoir été là aussi.

Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
Arete Sud de la Noire de Peuterey
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Arete Sud de la Noire de Peuterey
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