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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 21:54

Voilà 2 semaines que je suis rentré du Népal.

Il y a 3 semaines nous étions au sommet du Panbari 6983m.

Depuis toute l’équipe a repris « sa » vie rythmée par le quotidien.

Je voulais vous raconter les moments forts notre expé mais le 31 oct mon ami Damien m’a envoyé un message pour me dire toute son inquiétude sur la disparition dans le Khumbu de Thomas, Louis et Gabriel. Au fil des heures sont inquiétudes s’est confirmée par les infos venant du Népal.

Aujourd’hui j’ai une vraie tristesse. Je suis profondément triste pour leur famille, pour les copains. Mais je suis aussi triste que l’engagement dans ce type d’expé soit résumé dans certains médias par cette fin tragique. Comme si l’engagement était synonyme de jeu avec la fatalité, d’incertitude face au risque de mourir. Aucun copain qui part en expé n’a au fond de lui cette envie de défié une fin potentielle. Tous ont envie de créer des lignes avec leur propre engagement. Chacun a envie d’une ligne esthétique, d’une aventure partagée, de moment de belle grimpe. On rêve d’une belle ascension. Une ascension qui déroule, ou la force de l’entrain se mesure par le plaisir passer du temps là-haut. L’himalayiste est un homme incroyable. Il est capable de vivre des moments super durs d’éloignement, des moments de doutes, des moments de froids, des moments de maux pendant l’acclimatation et tous cela pour du plaisir partagé et pour l’idée d’une belle ascension.

Aujourd’hui je pense à vous Thomas, Louis et Gabriel. Je pense à vos proches.

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Voici quelques mots sur notre Expédition au Panbari : la montagne aux 1800 rivières 27 octobre 2021 

Dans le train entre Paris et Bellegarde, mal installé sur un coin de sac car toutes les places assises sont prises, je tapote sur le mac.

Je suis heureux. On rentre avec le sommet du Panbari en poche.

Ce sommet j’en rêvais depuis que j’avais butté en 2016 pour cause de risque d’avalanche.

Comment un sommet peut-il faire rêver ? Parce qu’il est beau, parce qu’il est dur, parce qu’il représente un challenge ?

Pour le Panbari la face Sud au-dessus de Bimtang est belle. Pour celle que l’on a skier en face Nord, on ne peut pas l’affirmer car le sommet ne se voit vraiment que depuis 6300m. Mais peut être justement parce qu’il se découvre petit à petit. Que sa ligne de ski est incroyable. Une ligne continue toute en belle courbe.

Paulo Grobel était venu plusieurs fois pour le tenter. C’est lui qui a défriché ce versant pas si simple d’accès. C’est lui qui a passé des journées dans cette vallée pour rassembler les brides se sont histoire. Malheureusement, le vent, la neige et surement d’autres paramètres l’ont repoussé à chaque fois.

 

Ce sommet depuis lequel le regard embrasse une partie des plus beaux et grands sommets du Népal, est un belvédère de fou. Reculé au fond d’une vallée bien loin des chemins de passages, il se niche non loin de la frontière Tibétaine au nord du village de Samdo. Pour moi c’est surtout une des plus belles descentes à ski que j’ai pu faire sur un sommet de cette altitude. De 6983m à presque 5000m sans déchausser, sans mettre les crampons.

 

Le 15 octobre à 11h45 nous sommes au sommet. Loïc est là, Gilles un peu plus loin et Jean Sé nous observe de son promontoire juste en-dessous avant de nous rejoindre. Grande classe, il est arrivé le premier à 30m de la crête sommitale et il nous a laissé gravir les derniers mètres devant. En bas les amis nous attendent. J’ai un pincement au cœur, j’aurai aimé qu’ils soient là tous. Tant d’investissement, tant d’entrainement, tant d’entraide entre tous pour renoncer si près. C’est dur. Comment ne pas espérer dans une expé que tout le monde monte. Le sort de la météo ne nous a pas donnée le choix. Une tempête était annoncée le 17 au soir. Cela nous laissait peu de temps pour pousser là-haut. Nous étions conscients qu’avec quelques jours de plus, l’acclimatation aurait été meilleure, que surement une grande partie de nos compagnons nous auraient accompagné. Mais entre le 17 et le 19, Yann notre routeur nous annonçait 1m50 de neige. Alors nous avons forcé pour faire le sommet le 15.

 

Au sommet il fait grand beau, pas de vent avec même une température douce. Pour y arriver le chemin a été long. Quand fin août nous avons pris la décision d’acheter les billets, l’enjeu était réel. La covid flambait encore en Asie, la quarantaine était encore imposée à Katmandou : c’était un pari. Je repense à cette réunion improvisée le 27 aout avec Jean Sé, Tristan et Catherine devant l’ENSA. On n’y croyait à moitié.

 

Aujourd’hui je rentre à la maison, et je suis heureux. Heureux d’avoir été là-haut et de cette descente de fou. Mais heureux surtout de ces ambiances, de ces émotions partagées. On passe tellement de temps ensemble pendant ces expés, que réduire le plaisir au simple fait d’être monté serait nul. J’ai adoré me lever chaque jour pour retrouver les copains. J’ai adoré bartasser à porter des sacs lourds. J’ai adoré passer des heures à faire fondre de la neige pour remplir les thermos coincé dans l’abside de la tente. J’ai détesté perdre à la coinche comme à chaque fois. J’ai adoré essayer de comprendre où en était chacun dans l’acclimatation pour envisager le meilleur.

 

J’ai ri du sac de JC en forme de sapin de noël

J’ai douté des nuits de Laurent

J’ai aimé la confiance de François dans ces choix médicinaux

Les mots de Jean François étaient toujours justes et réconfortant.

J’ai râlé sur les skis d’Éric. Mais comme je le comprenais de peiner avec eux.

J’ai admiré la discrétion et la force tranquille de Hugues et Denis,

Les discussions avec Hélène et les podcasts féministes ont occupés mon esprit quand je voulais m’éloigner de la montagne

Je me suis replongé dans mes premières expés en observant les jeunes Tristan et Helliot.

Jean Sé m’a fait rire avec ces ficelles dans tous les sens mais quelle détermination !

Gilles m’a surpris par sa force incroyable et son sourire tellement vrai.

Que dire de mes 2 collocs d’altitude Anne et Loic ? un pur bonheur partagé. Avec eux je partirai loin !

 

Alors une fois de plus les expés me posent les bonnes questions.

Pourquoi partir ?

Pourquoi retourner chercher ces moments de mal de tête pendant l’acclimatation ?

Pourquoi retourner chercher ces moments de doute quand il neige ?

Qu’est ce qui me motive ?

Qu’est-ce que je vais chercher là-haut ?

Pourquoi après 30 ans d’expéditions, après des centaines de paires de semelles usées, après des milliers de mètres gravis, sur des sommets aux 4 coins de la planète, j’ai encore envie de me sentir grisé par cette lumière limpide de la haute altitude ?

Pourquoi le regard de mes compagnons aux pupilles écarquillées quand le petit jour se lève me transcende ?

Pourquoi je me sens aussi proche de mon ami Gyalzen, lui aussi simple cuisinier de haute altitude qu’un simple cook étoilé à la micheline des guides gastro ? Lui qui a failli disparaitre dans la rivière Tsum et qui dans un élan de joie me dit je n’ai plus qu’une expé à faire pour finir de payer les études de Dolma ma fille, et je voudrais que cette expé soit avec toi !

 

Rien n’est figé, et l’envie n’est pas un chemin qui suit une ligne linéaire. Néanmoins le frémissement des émotions est la source du désir.

 

L’histoire populaire retient « l’avoir fait », moi je retiens de mes aventures vécues « l’avoir été ».

Une fois de plus dans cette expé j’ai rencontré de belles personnes. De l’attention, de la douceur, de la bienveillance, de l’entraide, de la disponibilité : c’était incroyable tout ce qu’ils étaient capables de faire. Ils m’ont bluffé.

 

Alors voilà. Cette expé a ranimé en moi ces goûts fins, où quand l’oxygène manque on puise dans son envie, dans le regard de l’autre.

 

Merci à tous.

Millet Mountain #MilletRiseUp Julbo SCARPA #noplacetoofar Tecnica Blizzard France #blizzardskis #nemoequipment #AirnOutdoor #crosscall

Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
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Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
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Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
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Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
Expédition au Panbari 6983m - Népal
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Expédition au Panbari 6983m - Népal
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Expédition au Panbari 6983m - Népal
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