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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 22:56

Traces Sibériennes

Perdu au fond de la forêt sibérienne, on trace. Les skis poussent la neige comme un chasse neige cherchant sa route. Sans fond, légère, on espère à chaque pas faire sortir la spatule. Et pourtant parfois elle plonge. Inexorablement, elle plonge cette spatule. Et là on ralle. En tirant comme une brute je me maudis d’avoir des skis aussi larges avec au moins 5kg de neige dessus. Ici le jeu est sans concession, il faut du large, du long et du joueur. Les forêts sont clairsemées et permettent des grandes envolées de courbes pas trop appuyées pour juste sentir la neige qui vole derrière soi. Mais parfois les appuis doivent être plus marqués. Engager entre les arbres il faut savoir pivoter au bon moment surtout quand la poudre nous remonte dans le ventre, inonde le buff puis le masque et laisse un gout d’immensité blanche ou seule la mémoire de l’instant vu avant le nuage de poudre permet d’éviter les sorbiers ou autres arbres.

Ici, dans ces forêts sibériennes au nord de l’Altaï, tout est douceur. Bien loin des pourtours du Baïkal et de ces cabanes en forme de retraite dorée, célèbrement connues par les écrits d’un chercheur de métaphore, il n’y a pas de trafic routier, pas de réseaux, pas d’hélico. Les seuls voisins sont dans la vallée d’a côté. Parfois Serguei vient nous rendre visite pour nous raconter sa vie. Ici nous sommes juste des pousseurs de peaux de phoque, des gouteurs de neige. Tracé est exaltant pour celui qui le fait rarement. Celui qui aime bourriner au soir tombant au-dessus chez lui en sortant d’un taf au tant important, arrive avec soif de cette sensation d’avancer vers nulle part. Quand j’ai proposé un relai toute les 3 minutes j’ai vu son regard se troubler. Comment 3 minutes, mais c’est ridicule ! Et puis le temps fait son chemin. La trace impose son rythme. La pointe de sueur et la crainte quelle gèle contraint. Et finalement les 3 minutes deviennent seulement le bon timing pour se relayer.

J’aime cet enchainement où chacun prend sa part de taf. Il n’y a pas de place à la discussion. Seulement le cri « changement » rompt la monotonie du pas. Celui qui attend son tour, calé derrière les talons du traceur, jubile au moment du changement. Il a envie, il a besoin. Et c’est vrai que la sensation de pousser et appuyer pour former un sillon parfait est jouissif. Sentir que la courbe est parfaite pour arrondir le relief tout en le gravissant donne un plaisir méconnu mais qui se révèle quand on se retourne. L’équipe est au taf, et les relais se font facilement. Chacun à son rythme. J’ai vu des personnes gagner des centaines de mètres en 3 minutes, leur bonnet faisant office de couvercle de cocote minute. D’autres ou la lenteur et la grâce était de mise se reposaient au bout de 10 mètres vaillamment gagné. Qu’importe l’espace. L’essentiel est dans le relais. Et puis quel plaisir de faire un pas sur le côté pour laisser le suivant enchainer.

En haut, le temps d’enlever les peaux, partager un gobelet de thé, il est temps de s’exprimer avec chacun sa trace de descente.

Quand le jour diminue, quand le froid tombe, quand les cuisses crient qu’elles n’en peuvent plus il est temps de rentrer à la cabane.

C’est la 5ème fois qu’avec Simon et Mikhaïl nous venons nous enfoncer dans ce massif de la Kakassie. La première année nous nous sommes basés dans une seule cabane. Mais en montant sur les crêtes au-dessus des forêts nous avons découvert d’autres vallées, ou d’autres cabanes se nichaient. Alors l’année suivante l’idée a été de passer de vallées en vallées pour changer de décors, découvrir d’autres sommets et rallier ces cabanes.  

Cette année fut un peu différente avec une première semaine en itinérance puis une deuxième semaine à arpenter la dernière vallée. Mikhail nous a proposé d’aller visiter une cabane plus loin, plus au cœur du massif. Une cabane qui permettrait d’accéder à un joli sommet dominant le massif. Comment ne pas se laisser tenter.

J’aime ce côté Mikhaïl qui ose aller. Ce n’est pas une tête brulée. Mais il ose vraiment. Sans jamais imposer ou contre dire, je le vois encore me dire avec un sourire doux « why not » lors de nos premières conversations. Moi je ne parlais pas un mot de Russe lui rien de Français. Et en Anglais nous étions presque aussi mauvais l’un que l’autre. Sur les skis, j’ai rarement vu un skieur aussi posé, sous ces spatules le relief devient un jeu.

Nous avons chargé une petite luge de tous nos duvets, d’un réchaud et d’un peu « beaucoup » de nourriture et davaï.  

Après 6 heures à bartasser dans la neige, à chercher ou franchir la rivière sans tomber dans l’eau, nous sommes arrivés dans la clairière où se situait la cabane. Belle cabane cossue, elle sert de camp de base l’été pour Viktora Kladchikhona son propriétaire qui voit passer quelques trappeurs et pêcheurs. En hiver personne. La remise à bois est pleine, il suffit de fendre. L’eau est dans la rivière, il suffit de la puiser sans se mouiller. C’est fou comme en 5 minutes sans aucune organisation chacun s’affaire à tout mettre en ordre pour que l’on est chaud, un thé et une trace pour aller aux toilettes.

Début décembre la nuit tombe tôt. A 18h il fait nuit noire. Alors les soirées sont longues et c’est bien. On a le temps de parler, de se raconter nos vies, nos envies. Parfois aussi nos difficultés. Cette vie dans les cabanes est un moment privilégié. On se laisse bercer par le ronronnement du poêle, par les litres de thé avalé et les histoire vécus de chacun. C’est simple mais tellement apaisant. Quand les yeux se font lourd il est temps de s’allonger. Un dortoir à l’étage sur chauffer nous accueil pour presque 10h de nuit. Demain sera un beau sommet de la Kakassie. Un sommet d’où l’on découvre l’étendue de cette toute petite partie de la Sibérie.  

Pour tous ces moments partagés, la Sibérie m’apporte tellement au fil des années. Je crois qu’au fil des années je vais continuer avec Mikhaïl et Simon et les amis qui veulent nous suivre à explorer et découvrir ces endroits.  

 

Traces Sibériennes
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