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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 10:05

Une journée à ski en Patagonie

 

Il y a des jours….

Il y a des matins qui durent.

La porte du Van s’est fermée. Xav a chargé son split sur son sac, Balz regarde désespérément ses tatanes de chaussure en se demandant comment il va faire pour arpenter la forêt Patagonienne avec les jolies « clarks » faite de fin cuir coloré ciel azur et Marie doute. La neige semble si loin. Dans cette nuit noire seul le rayonnement de la neige au loin semble éclairer les hauteurs. Je scrute, cherche et fini par me dire qu’il faut faire confiance à Indio. Le départ est une débandade. Craignant que l’un s’égare dans les méandres de la forêt je reste derrière. Il y les costauds du thorax qui si faufilent tel des chats entre les arbres, il y a les besogneux qui ne veulent pas perdre un mètre, il y a les douteux qui mettent deux pieds en avant pour en refaire un en arrière, il y a celui qui se perd un mètre derrière le groupe, il y a ceux qui bavassent tout en trébuchant, il y a celle qui ne dit rien, qui pense et qui doute et il y aussi un jeune machine au cheveux bleus, elle s’applique à tout faire bien. Son père, moi, la surveille mais surtout l’admire  de suivre sans rechigner cette bande d’adolescent quinqua ou quand le soir vient ils ne pensent qu’à ripailler. Les deux machinent patagonienne Pipa et Indio déroulent le pas. Avec la légèreté d’un guanaco, avec l’envie d’être dans ces montagnes.

Derrière, j’observe et fait confiance. Cette journée semble si belle profitons de chaque moment qui sera long.  La frontale de Balz éclaire difficilement dans mon ombre mes pas, quand mes yeux tentent de suivre ceux de marie me précédent. La Frontale de Marie est restée au chaud à El Chalten. Alors la mienne à transitée d’une tête à l’autre. Le jour se lève au-dessus des arbres. Ils sont rigolos ces arbustes. Je ne sais pas s’ils sont taillés par le vent des tempêtes mais ce matin ils sont plutôt appropriés pour profiter de l’ambiance. En se redressant on arrive facilement à voir loin. Au nord, dans la vallée de Creston, le cerro Vespignani s’éclaire. Le noir s’est transformé en violet, la neige rosie quand la rivière noire brille. Balz râle, le bleu de la « clarks » est devenu marron quand son pied est ressorti de la gouille de boue. Je compatis mais je ne dis rien car j’ai tous sauf envie de lui passer mes chaussures.

Enfin nous nous regroupons au bout de ce long plat forestier pour attaquer les raides pentes herbeuses avant de rejoindre les impressionnants couloirs rocheux sous le cirque d’Electrico. Les pieds montent et j’en suis content. Peu de traces entre les mottes et les arbres morts blanchit par le temps. Mais l’itinéraire semble simple. Trois cailloux empilés, dépassant de l’herbe, indique. Quoique ce contournement du pilier rocheux pour s’enfoncer dans ce couloir parsemé de nouveau d’arbuste, je ne l’aurai pas choisi. Ni cette traversée aérienne ou le contre-jour lumineux me pousse à sortir le boitier. Mes papilles de plaisir se remplissent. Je ne sais pas ce que sera la suite, je ne sais pas comment sera le ski plus haut mais pour l’instant cette errance montagnarde bien loi de ce que nous étions venu chercher me comble. Mes compagnons sans rien dire se laisse emmener. Il est surprenant comme cette ascension décalée plait. Dans la fiche descriptive du voyage je parlais de neige, de froid, de ski, de combe… Aurai-je du d’écrire cette montée ? Surement pas ! Personne ne serait venu. Et pourtant aujourd’hui tous nous jouissons de ces moments où l’on se sent fondu dans la montagne. Quand Lionel et son quintal si svelte attaque les quinze mètres de rocher je souris. Quelle énergie et quelle volonté. Ils sont bien fous de me faire confiance cette bande. Walter l’éternel Samaritain de mes raids récupère sur son sac une deuxième paire de ski. Il ne va pas vite mais quelle force et quand la descente est venue, il est surement le plus agile d’entre nous.  

            Le jour s’est levé. Les roches ont jauni sous les rayons de soleil. Au-dessus le verglas à recouvert la sente plus marquée. La « clarks » va à ravir dans cette ambiance si peu urbaine. Il est temps de d’enfiler les chaussures de ski et de mettre les crampons avant que la glace nous pousse en bas. Plus haut un court couloir en neige nous donne enfin accès à la possibilité de chausser les skis. Les deux heures annoncées de montée se sont transformer en trois heures et demie. Elles sont passée sans rien voir. Comme un train qui avance notre caravane a avalée doucement cette montée. Les quolibets ou autres taquineries on fait place à l’entraide et la surveillance de chacun.

            Ici un autre monde s’ouvre. Du trekkeur ardu nous passons à pousseur de bâtons glissant le ski. Ce cirque d’Electrico, suspendu, se remonte par tranche. Une en traversée, une en zigzag et une dernière en traversée. Les traces d’anciennes coulées me font penser que certains jours, il faut rester loin de se cirque. Le bas concentre la neige qui s’écoule de l’immense triangle sommital. Aujourd’hui les conditions sont parfaites. Comme si le vent n’existait pas en Patagonie, le ski trace un sillon dans une poudre légère qui ne demande qu’à s’envoler. Le rythme à changer et chacun adopte un pas qui lui convient. Il y a les effréné qui veulent apercevoir le Fitz Roy le premier. D’autres plus tranquille qui avancent ensemble.

Quand je débouche au col il surgit. Lui le Fitz Roy est devant moi. Droit, il se dresse. Le pilier rouge de Renato Casarotto se détache franchement et montre toute sa sculpture. Comme si un crayon dessinait devant moi je pourrai presque lire les longueurs. J’essaye de ne pas me souvenir qu’il y a quelques années pas si lointaines, nous avions projeté avec Simon de venir le grimper. Y viendrai-je un jour ?  N’y pense pas jean, tu verras au retour ! Mais que cela doit être classe de remonter ces fissures. J’ai revu hier les images de Pierre, Kora et Dam en 2014. Deux ne sont plus là mais grâce ces images ils sont encore bien vivant. Que la grimpe devait être belle encordée tous les 3.

La neige derrière le col scintille. Ne prenant que le soleil rasant elle ressemble à un grand champ de crème à peine fouettée. Presque indécent. Le frétillement des cuisses est la salive qui glisse ente le palais et la langue avant que la cuillère plonge dans la crème du Tiramisu. Je devine dans les yeux de Xav son envie de ne tirer qu’une droite, posé sur son splitz. Balz, méticuleux, à fermer son casque, sortis la poignée de son sac ballon. Il est prêt. Pas facile de refreiner les envies. Il y a cette occasion unique. Ce run dans ce couloir assez large mais suffisamment encaissé face à une des plus belles faces au monde. Après une large pente, le couloir se forme et plonge jusqu’au glacier Piedras Blanca. Dans les cent derniers mètres un léger ressaut donne l’accélération à la ligne. Moi, je reste guide.

Alors avec Indio nous descendons jusqu’à la rupture de pente, l’entrée du couloir. Je le surveille quand il s’engage. Il se fait surprendre par le changement de neige. La profondeur des cent premiers mètres n’est plus là. La couche dure voir glacée n’est que sous 10cm de neige. Les skis crissent et la chaussure avale cherche l’appuis pour freiner. Fini l’idée d’enchainer en grandes courbes. Un virage allégé, un autre glissé pour rejoindre les accumulations rive gauche. Et surtout de la vigilance. Rappelons-nous ou nous sommes. Une chute serait compliquée à gérer et les conséquences lourdes. Cela ne restera pas la plus élégante des descentes mais la face qui nous domine nous rappelle à l’humilité.

Au bas la pression baisse, tout le monde est là. Même Claude après la frayeur que j’ai eu, de le voir tenter un virage plutôt que de déraper dans la partie la plus raide et gelée. Quand son fessier s’est refusé à tourner alors que les skis étaient déjà engagés, j’ai vu rouge. Comme une balle dans le flippeur il est parti droit dans la pente. Positionné sous lui je suis parti dans sa trajectoire espérant le bloquer mais avec peu d’espoir. Ici pas d’extra ball. Pas de « same player shoot again ». Les skis ont fini par pivoter, sont corps à suivi, la neige s’est  adoucie et devenue profonde et Claude à gérer sa fin de virage. Bravo Champion ! Fin de l’histoire. Il ne sait rien passé. Jean fait un peu confiance !  

Remonter le glacier droit en direction du maestro, pour rechercher le soleil, et enfin grignoter, est peut-être la plus belle partie de la journée. Nous sommes sur un glacier suspendu. Plus bas il se déverse par une cascade de glace infranchissable. Plus haut il remonte au pied de la face du Fitz Roy. Alors nous profitons de quelques minutes assis sur le sac, mastiquant un bon sandwich « hand made » pour se projeter dans les fissures infinies. Notre sortie du cirque se fait par le passo Inferieur. Encore quelques nombreuses conversions pour rejoindre ce dernier col de la journée et nous pourrons basculer dans la dernière descente. Le temps se couvre doucement et la lumière blanchit la neige pour atténuer le relief. Derrière les aiguilles, les nuages se dorent d’une couleur bien surprenante. Pas de vent ! Mais où est-il ce vent patagon ? Ne crie pas trop fort Jean, il pourrait bien te surprendre dans les prochains jours. La descente sur le Lago de los Tres est une chantilly ou Xav, Balz, Walter, Marie, Laurence, Laurent, Gabie (enfin tous) peuvent enfin lâcher les watts. Chacun sa trace, arrêt là où l’on veut. Juste garder un sourire profond aux lèvres. Un dernier couloir entre les rocher après le Lago et il est temps de déchausser. La vie est belle et bien remplie pour aujourd’hui.  

Nous laissons nos skis là sous un arbuste. Demain nous remontrerons pour encore goûter cette vue incroyable sur le Fitz et ces aiguilles environnantes. Le Passo superieur nous appelle pour encore quelques courbes endiablées.

Mais pour ce soir, le petit campement Poincenot sera notre refuge. Quelques tentes, un réchaud et les bêtises à la pelle de Xav et Walter seront nous tenir chaud. Vivement demain.

Une journée à ski en Patagonie
Une journée à ski en Patagonie
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