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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 05:45

Voici déjà quelques temps que nous sommes rentrés de l'expédition au Cholatse.

Et pourtant le blog n'est pas à jour !!!!

Est ce parce que cette expédition fut extraordinaire et que l'on avait besoin de prendre du recul ou alors est ce parce Marion a très bien raconté cette aventure sur son blog (http://www.ice-altitude.org/) et qu'il est difficile de faire mieux, ou peut être plus surement est ce parce que l'on est des boulimiques de la vie et que celle ci nous a emporte trop vite vers d'autres destinations.

 

Alors voici quelques lignes sur cette belle ascension technique, sur un sommet pas très haut mais très esthétique.

 

La veille de partir, dans les rues de Servoz, avec Simon je croise Bruno Soursac, copain guide avec qui je travaille à  l'ENSA l'été. Je tilte sur le fait que Bruno avait mis au point il y a quelques années des ailettes pour ses piolets Nomic pour gravir la meringue givrée du Cerro Torre. La même semaine Philippe Batoux qui avait fait la face N du Cholatse en 1995 me rappelait que l'usage des pelles comme piolet pouvait être un très bon joker quand la pente avoisinait les 80/90° de raideur et que les piolets n'étaient d'acune aide dans la semoule. Bref on file récupérer ses ailettes qui au final auront fait un beau voyage mais pas touché la neige.

 

Cela faisait 12 ans que je n'étais pas revenu dans la vallée du Khumbu. A cette époque je m'étais promis de fuir cette vallée où se concentrait une grande partie des touristes du Népal. Les lodges bondées où l'acceuil rivalise avec les plus mauvais refuges de la vallée de Chamonix. Cette année peu de surprise, le développement s'est accéléré, toutes les lodges ont presque le Wifi. Les boulangeries de Namche Bazar sont devenues de vrais petits havres de repos. Et pourtant les porteurs sont toujours aussi mal vétus, le tarif journalier toujours aussi bas ramené au prix du Dal Bhat. Chose surprenante ils sont tous pendus à leur portable. Les villages ont du augmenter leur production d'électricite pour recharger tout cet électronique.   

 

J'adore quand on passe l'altitude 3500m. C'est l'altitude ou l'on sort de la forêt, ou le regard peut commencer à se porter loin, découvrir les sommets et glaciers. Après une saison de ski de randonnée chargée, pas de soucis pour l'acclimatation. Simon en profite pour aller s'acclimater avec Marion, Gillou et Pierrick pendant que moi je file trouver le camp de base avec les Yack Man et les aides cuisiniers. Je passe 2 jours seul au CB. Au programme installation mais aussi repérage de l'accès au glacier. J'en profite pour faire un portage.

 

Toute l'équipe se retrouve au camp de base. Il faut choisir une stratégie d'ascension. Yan le routeur météo nous prévoit une semaine plutôt très belle avec des montées de cumulus l'après midi.  Après un portage au glacier on décide de partir pour 4 jours en altitude afin de parfaire l'acclimatation mais aussi d'aller reconnaitre la tour de rocher. En effet depuis le camp de base il est difficile d'imaginer l'itinéraire. On comprend assez facilement que depuis l'arête de neige une longueur technique permettra de rejoindre un rampe compacte. Mais au delà c'est l'inconnu. Donc il faut monter.

 

Pour rejoindre l'arête de neige fine, le glacier est tourmenté. Au soir on trouve un petit emplacement entre les crevasses pour se protéger des chutes de séracs. Le lendemain Simon et moi partons reconnaitre les pentes pour rejoindre la tour de rocher. Voyant que l'on peut installer un très bon camp sur l'arête, on file rejoindre les 3 autres compères descendus récupérer du matériel en bordure du glacier. Le soir on se retrouve tous au pied de la tour.

 

Yan nous annonce une météo plutôt belle sans orage pour les prochains jours. En revanche, la semaine suivante semble être très tourmentée. On décide de rester en altitude. De progresser doucement pour ne pas perturber l'acclimatation et de faire une tentative. J'adore cette stratégie ou l'on s'adapte en fonction des conditions mais aussi de chacun. Savoir s'écouter pour forcer quand il faut mais aussi se reposer est la base d'une belle réussite. Tous les 4 on a fait tellement de voyages et courses dans les Alpes ensemble que chacun devine ce que ressent l'autre (en cumulé plus de 15 expéditions à travers le monde). Des moments de doutes, des moments ou l'acclimatation est plus dure alterne avec d'autres ou tout roule et s'enchaine avec facilité. 

 

Simon, le fin technicien, sort la première longueur de la tour avec une aisance surprenante pour cette altitude. Pour cette longueur difficile de se protéger. Le rocher est compact et recouvert partiellement de placage de neige sans consistance. Moral à bloc, imperturbable quand il part dans ces longueurs, SImon survole ces dalles presque verticales. Au delà par un système de vires zigzaguants versant sud, nous rejoignons  une grande rampe qui donne accès à la brèche derrière la tour. Gilou, le seul sumiter de l'Everest de l'équipe nous aide dans le répérage. Toujours aussi fort physiquement et moralement malgré ses années en Louisane et en Chine, Gillou est un vrai Sherpa en altitude. Toujours heureux d'être là.

 

Le soir on retrouve Marion et Pierrick. Demain on décide de déplacer le camp derrière la tour pour faire une tentative le surlendemain.  Chargés de gros sacs on remonte dans la tour. L'après midi Simon et moi on part poser nos 120m de corde au dessus du camp afin de gagner du temps le lendemain. Pierrick, Marion et Gillou installent le camp. Pas si facile sur cette brèche de poser 2 tentes. Sous la neige la glace vive impose de tailler pendant près de 2h.

 

Ce soir on change les rôles dans les tentes. Jusqu'à la nous avions fonctionné avec une grande tente pour 3 personnes ou l'on peut facilement se mettre à 5 pour manger. Simon et moi dormions dans une toute petite tente mono paroi à côté. L'avantage est de gagner en poids et surtout de tous manger ensemble.  Par contre pour ce dernier soir avant la tentative nous préférons se séparer pour être plus prêt du groupe afin de gonfler la motivation mais aussi anticiper sur tous les détails de l'ascension. Donc Simon dort avec Gillou dans la petite tente et moi je me glisse entre Pierrick et Marion dans la grande. On sait que ces heures d'attente avant de partir vers le haut peuvent être source de doutes, d'inquiétude. Il ne faut rien lacher et betonner tout : le choix des gants, chauferrettes ou pas, quelle nourriture à emporter, quelle heure de réveil...

 

3h - le réveil sonne. Petit thé, biscuit (j'adore les miam's !!!). Allez feu. Il fait encore noir mais comme l'éperon est orienté Ouest on ne peut apercevoir les lueurs au loin du lever de jour. Nous remontons les 120m de corde posées la veille. Puis nous voila partis pour un grand nombre de longueurs. On pensait avoir de la neige, mais au final on trouve de la glace vive soupoudrée de 10 cm de neige fraiche et sans consistance. Donc on bucheronne. Parfois la glace est si dure que l'on doit frapper les piolets pour les planter 5 fois. L'itinéraire assez évident dans le début le devient moins en montant. Je suis moyennement motivé pour aller me coller sous le sérac de droite et pourtant les zones de faiblesse dans la glace m'y poussent. Heureusement on arrive à se glisser pour rejoindre le bord gauche du sérac. La glace disparait et laisse place un neige polystyrène. Un vrai régal. En deux longueurs on se hisse sur le sérac puis sur la crète sommitale.

 

Il est 12h - Pierrick et moi avons le temps d'apercevoir l'autre versant mais déjà le cumulus nous envahit. On sort les doudounnes en attendant la deuxième cordée. Il neige mais pas de vent. Je décide de continuer en direction du sommet. Il neige de plus en plus. Après toutes ces heures à se battre pour trouver le meilleur chemin cela me semble pas concevable de faire demi tour. Finalement après un long moment, sur une antécime au bord d'un plateau, nous faisons demi tour. La décision est sage car toute la descente se fera en rappel. Aucune visibilité. Il sagit de ne pas rater l'endroit sur l'arête ou il faut basculer en direction du sérac. Rappel sur piolet puis on enchaîne les abalakov (lunule en glace). La fatigue se fait sentir et à 5 pour un rappel cela prend du temps. On arrive à la tente à la nuit tombante. Le sourire au lèvre de cet aventure vécue.

 

5h branle bas de combat. La météo annonce des orages violents en fin de matinée. S'agirait pas d'être sur la tour quand ça va péter. Les rochers sont recouverts de 15cm de neige fraîche. Nous passons un moment à nettoyer toutes les vieilles cordes retrouvées dans la tour. Envie de laisser cet itinéraire pour une ascension en style alpin. Que ce sommet ne devienne pas un Ama Dablan bis où se concentre une grande part de la débilité humaine. On sait que des agences proposent ce petit sommet car la vue est unique mais en nettoyant des vieilles cordes on espére que ça limitera les prétendants ou tout du moins ça les selectionnera. Vaste débat.

 

Le soir on se retrouve au camp de base après une belle descente sous la neige avec des bonnes cabines téléphoniques en guise de sac à dos. Maintenant reste à organiser le retour. Inévitablement on se laisse rattraper par les pbs à gérer :  trouver des solutions aux problèmes des voyages futurs, réfléchir à la logistique de l'expédition de l'automne prochain. Bref on ferme une belle parenthèse dont la motivation, l'envie et l'entente furent sûrement les principaux ingrédients. 

 

Place aux photos.

 

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Entrée dans le parc du Sagarmatha

 

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  Le pont pour monter à Namche et ses drapeaux de prieres

 

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  Namche Bazar. Plus beaucoup de bazar mais surtout des lodge avec le Wifi

 

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 Une demi heure plus haut le petit village paisible de Khumjung.  

 

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Le Thamserku se laisse dévoiler

 

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Les jeunes sont sur l'Everest, les plus anciens aux travaux des champs

 

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J'adoreeeeeeeeeeeeeeeeeeee......la coinche !!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

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Mister Yack ! La force tranquille au dessus de 3500m.

 

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Et voila l'itinéraire vu depuis Gokyo

 

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Le camp de base soupoudré de sucre glace au réveil.

 

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Le Sim qui n'a pas pu s'empêcher d'emmener ses chaussons. Ce qui fera le bonheur de tous. Toutes pointures garanties du 38 au 43 !!! 

 

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Bien de la corde sur ce glacier.

 

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Petit camp entre les crevasses

 

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Un autre bien plus confortable. 3 étoiles.

 

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Ca cogite dans la tête du boss. Impasse au 10 de coeur ou alors stratégie d'ascension ?

 

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Simon dans ses oeuvres. Il excelle.

 

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Vue depuis la tour sur le camp.

 

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Un petit peu de brouillard hisoire de...

 

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C'est parti pour une belle journée.

 

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Lumière bien froide du matin

 

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La Rolwaling au loin.

 

 

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Lever de soleil sur le Cho Oyu.

 

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Belle tour qui ne demande qu'a tomber.

 

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Et voila. Beau temps belle vue. On se croirait presque nul part.

 

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Ben là on y va mais on sait pas vraiment où.

 

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Bien fracassé mais le sourire encore.

 

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Le  gros Jean. Vive la doudounne.

 

 

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Le lendemain grand beau.

 

 

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Merci Kami pour tes gateaux mais surtout pour tout !!!!

 

 

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Et bien sur merci a Marion (à l'origine du projet), Pierrick et Gillou.

 

 

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Published by jeanguide - dans Expédition
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commentaires

jean luc thierry 18/06/2011 20:36


Juste un grand bravo du vieux à Jean et Simon le blog est une bonne invitation au voyage qu'il soit virtuel ou pas!!!