Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 10:05

En 2003 nous avions fait demi tour sur le Gimigela après avoir gravi la face sud et être sortis sur l'arête ouest vers 6900m. Avec Pierrick nous avions équipé toutes les goulottes de la face. Il ne restait plus qu'à installer le camp sur l'arête pour tenter le sommet. 

Mais la météo a tourné. Pendant 2 jours un vent de fou a soufflé. Des rafales à plus de 100 km/h. Impossible de remonter sur l'arête. A l'époque nous n'avions pas de routeur météo pour envisager une stratégie. Le lendemain de ces 2 jours il s'est mis à neiger. 1m50 sont tombés en 2 jours, comme on en rêve en ce moment pour nos massifs! Et la porte du sommet s'est refermée....

Cette année il a énormément neigé à la mi octobre. Le glacier pour approcher la face Nord du Kangchenjunga est recouvert de neige. L'espoir que la neige facilitera l'accès s'estompe rapidement. Là où nous mettions 2h en 2003, il nous faut presque 8h. Parfois nous tracons en ayant de la neige jusqu'au genou mais souvent mi cuisse. La neige n'a pas transformé du tout et une bonne couche de gobelets nous fait réfléchir pour les pentes qui dominent la face sud. Au fond de moi je suis un peu dégouté. J'hésite vraiment entre l'entêtement pour tracer dans cette neige ou basculer tout de suite sur une autre idée. Je passe une nuit à tergiverser. Oui - Non - Oui - Non ?

Quelle pugnacité ! Jusqu'où pousser sachant que je sais pertinemment qu'il sera difficile de renoncer quand on sortira sur l'arête, de ne pas faire un pas de plus pour juste voir... Et s'entêter à tracer, c'est aussi hypothéquer une autre ascension!

J'ai toujours posé comme conditions dans toutes mes expés qu'aucune montagne, aucune ascension ne valait le coup de ne pas en revenir entier.

Nier les risques reviendrait à jouer l'aveugle. J'en ai souvent rencontrés : à l'Ama Dablan (c'était ma première expé en pro) quand  il était tombé 2 mètres de neige quand nous étions au camp 3, au Kanguru quand une avalanche nous a balayés sous le camp 2,  j'ai aussi souvent croisé des grimpeurs qui ne sont pas revenus de la haut (Shishapangma). Toutes ces histoires m'ont renforcé dans l'idée que partir en expé c'était avant tout partir pour découvrir, explorer "à son niveau". Partir en expé pour absolument décrocher une altitude ou un sommet phare ne pouvait que trop souvent laisser un goût amer. Si le goût de l'engagement, de l'éloignement, de l'oxygène rare sont des saveurs que j'affectionne particulièrement, je ne peux me résoudre au fond de moi à l'entêtement irréfléchi.

Pour toutes ces raisons, je ne peux admettre la fatalité comportementale. Je ne peux accepter cette idée que la haut on est seul, que la haut c'est chacun pour soi, que la quête du plus haut ou du plus dur pour soi peut supplanter la notion de revenir sans son ami, son partenaire de tente.............entier. 

Cette règle m'a parfois fait faire des choix durs mais avec du recul je n'ai aucun regret. Je n'ai jamais cherché le défi personnel dans toutes ces ascensions. J'ai toujours recherché les émotions partagées. Grimper ensemble - grimper encordé - être au sommet ensemble - rentrer ensemble - rentrer entier.

Avant de partir j'écrivais à une amie que cette expé aurait un caractère spécial. Je partais sur la pointe des pieds. Sur les 4 guides que nous étions dans l'expé de 2003, je suis le seul aujourd'hui à être vivant. Tous sont partis en montagne. Jean Marc Genevois est parti en cascade de glace pendant l'hiver 2008. Ludo et Fabrice sont partis au Manaslu l'année dernière. 

Après une journée de portage en direction du Gimigela, avec Mamat nous nous rendons compte des quantités de neige. On brasse dans de la farine. L'arête sommitale se découpe derrière un immense panache de neige. Là haut ça ne sent pas bon. On prend la décision de finir notre acclimatation sur un petit sommet de trekking juste derrière le camp de base. En 2001 avec Christelle, Suz et Ludo nous avions fait une jolie ascension sur un sommet de 6200m. 

Depuis ce sommet de trekking on découvre la face sud du Dhromo. Le pilier sud est vraiment tentant. De retour au camp de base notre motivation se focalise vers cette face. Protégée des grands vents du Nord Ouest on sera nettement mieux que dans les grands vents qui balayent la face Nord du Kangch. 

 

Après un portage au pied de la face et 2 nuitées sous la face pour finir notre acclimatation, nous redescendons nous reposer au CB. Cette année l'ambiance est particulièrement cool au CB. Mon ami Pemba est resté au CB. Après l'accident au Manaslu il ne veut plus grimper, mais je crois qu'il aime encore vraiment la vie en expé. Il n'est pas prêt à se résigner à être un patron d'agence assis dans son fauteuil de cuir à Kathmandu. Je le comprend vraiment. Dorjee, le cuisinier fait des prouesses. Steak de Yack, Pizzas, Gâteaux tout ce qu'il y a de plus classique comme nourriture d'expé au Népal. Mais le plus vient de sa manière de préparer : le top du top! Et puis l'abricotine et les framboises à l'eau de vie ont permi de faire glisser tout doucement les gâteaux tunisiens ;-)

 

Le 26 novembre, le réveil sonne à 3h45. Il fait presque doux dans la tente. J'ai tellement le souvenir d'un réveil givré pour le départ pour le sommet que celui la me semble facile.

La suite ne peut se raconter qu'en images : une journée parfaite. Une ligne unique. Des longueurs qui grimpent sans être dures. Une belle cohésion entre nous.  

16h, le jour commence à baisser. Dans une heure il fera nuit noire. Nous sommes en hiver. Il faut anticiper sur la longue descente en rappel. Je m'échappe sur l'antécime en fuyant le système de goulotte pour rejoindre l'arête de droite. Mais je comprend qu'il est temps de descendre, que les 1000m de rappels à équiper seront un bon morceau pour la petite équipe. Sage décision, le soleil disparaît au bout d'une longueur et les frontales sont de sortie rapidement. Rappels sur pieux à neige, rappels sur abalakof, rappels sur cordelette autour d'un bloc, le tout dans la nuit noire.....à 23h nous arrivons à la tente!

MERCI CELINE, ANNE-FRANCOISE, REGIS et CHRISTIAN de nous avoir fait confiance pour cette expé. Merci pour votre enthousiasme, votre envie d'aller là haut. Pour la coinche vous avez 2 ans pour vous entrainer !!! Rdv au Gurlamandata !!!

Merci Mamat d'avoir été là. J'adore !!!

GIM2083

 

DSC00523

Portage en direction du Gimigela

DSC00550

Le Dhromo en arrière plan

DSC00533

Tente mess au CB. Pemba et Dorjee en doudoune jaune. 

DSC00582

Ivresse de l'altitude !!!

DSC00591

Approche du Dhromo

DSC00595

 

DSC00600

Mr Maurel qui adore les lyoph !!! il ne mangeait que çà !!!

DSC00605

Ca se voit pas sur mon visage pourtant le duvet Millet trop bon !!!

DSC00634

Et Mamat tu penses à qui en faisant ce coeur !!!

DSC00660

Les pentes de pénitents

DSC00661

Au pied de la goulotte

DSC00669

Première longueur

DSC00671

Quelques passages de mixtes

DSC00673

Des relais conforts

DSC00675

Quelques barrières à franchir

DSC00676

Et toujours au soleil

DSC00677

y'a un peu de gaz. 

DSC00681

Ca grimpe parfois. 

DSC00697

Les pentes sommitales

DSC00699

encore une petite goulotte

DSC00705

Fin de l'histoire....

DSC00707

Il fait nuit...ilfaut rentrer.

GIM2087

Tchao Dhromo ........

 

PS : au retour en France, nous avons découvert que le maestro Doug Scott avait gravi le pilier juste à notre gauche. 2 Slovènes avaient gravi la goulotte. 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by jeanguide - dans Expédition
commenter cet article

commentaires

harles jean pierre ( le gamin) 18/04/2014 13:30

superbes réalisations! du beau ,tjours aussi sauvage et que de souvenirs pour moi dans cette région.passage effectué en 2004

Anne 10/01/2014 20:09

Merci pour le compte rendu Jean. Ma famille et amis étaient impatients d'avoir la suite! C'est vrai que l'on a toujours envie de monter plus haut mais c'est génial quand on rentre à la maison sans
bobo et avec l'envie de repartir.
Merci beaucoup pour cette belle ascension durant laquelle vous avez assuré toi et Mamat comme des top pros!
Anne
Anne