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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 19:51

Voici le récit d'une bien belle expédition que nous avons organisé en 2005 sur le Kamet

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14h : je croise le regard de Ludo, un sourire aux lèvres. Il m’attrape le bras puis m’embrasse. Nous sommes 50 m sous le sommet du Kamet. De là, une pente douce nous mènera au sommet. C’est la première fois que nous atteignons un sommet en même temps et pourtant c’est notre 6ème expé en commun. Ce matin, en partant du camp III situé à 7100m, on n’y croyait pas trop. Un vent de 80km/h soulevait des panaches immenses de neige. Thierry, notre routeur météo, nous avait annoncé une accalmie à partir de 11h. Tout juste monsieur Thierry. Après avoir remonté les premières pentes raides en neige dure, bousculés par les bourrasques, le vent est tombé. Notre ami Pemba, accompagné de Lalsing, Tashi et Samguiel, est parti devant pour tracer. Tashi et Samguiel ont déjà gravi le Kamet. Pour Pemba, qui nous accompagne depuis 10 ans dans toutes nos expés et qui rentrait de son 5ème Everest, l’importance était surtout professionnelle : assurer la meilleure logistique possible sur la montagne. Pour Lalsing, c’était son premier sommet. Nous l’avions rencontré en 2001, il était encore simple aide cuisinier. Son enthousiasme, son agilité et sa capacité à apprendre nous avaient amené à lui proposer de travailler en haute altitude avec nous. Depuis il est lui aussi présent sur toutes nos expés.

Depuis le col du CIII, l’itinéraire remonte une vaste pente, puis par un court mur à 65° on prend pied sur l’arête Est. L’arête raide (35°) est large et sans corniche. Vers 7700m, on bascule sur une croupe plate. De là, en peu de temps, on rejoint le sommet principal.

Assis dans la neige, Fredfred et Charles-Henri contemplent l’immensité du paysage. A droite, le regard plonge sur les hauts plateaux tibétains, des milliers de sommet inconnus. On aperçoit la Nanda Devi, le Trisul et même le Gurlamandata sur l’Horizon. A gauche, on distingue tous les sommets prestigieux du Garwahl, Chaukamba, Shivling…

 « Allez Allez. » Gilou, Mumu puis Philippe et enfin Marion franchissent les derniers mètres dans un concert d’encouragements. Quelle joie, quelle émotion.

Le Kamet, c’est un peu l’aboutissement de 5 années d’organisation d’expé. L’envie de d’aller faire des sommets sauvages et techniques avec clients a commencé en 2000 quand nous avons décidé d’aller au Ratna Chuli, sommet situé à la frontière entre le Népal et le Tibet au nord des Annapurnas. Pendant 4 ans nous avions demandé l’autorisation au gouvernement Népalais. Depuis, d’année en année, nous avons gardé cette philosophie sur des sommets comme : le Makalu II, le Dhaulagiri, le Gimigela (dans la région du Kangchenjunga), Kula Kangri (à la frontière du Bhoutan).

Chaque expé fut l’occasion de découvrir une région et un sommet reculé. Mais ce fut surtout l’occasion de rencontrer une équipe. L’alchimie d’une expé est complexe. Entre les motivations personnelles, l’éloignement, l’ambiance parfois austère et l’entente entre chacun, il n’est parfois pas facile de se retrouver plongé au cœur de l’Himalaya pendant plus de 30 jours. Au fil des expés il nous était devenu évident que la réussite d’une expé passait par une entraide entre ses membres. Motivés par l’envie d’être encore une fois là haut au cœur de l’Himalaya, de revivre cette force collective initiée lors de l’expé au Kula, Mumu, Gilou, Fredfred et Charles Henri revenaient pour tenter le Kamet. Sans oublier Michel et Christian venus pour le trek mais surtout pour ces instants magiques de vie dans les contrées les plus reculées. Se joignaient à nous Bernard, Philippe, Florence, Marion, François et Stéphane.

Pourquoi le Kamet ? Sûrement parce-ce qu’il est beau. Mais aussi parce qu’il est loin des sommets sur fréquentés. Bien sûr son altitude est attirante, 7756m, mais le cheminement d’ascension est d’une incroyable beauté.

Le glacier du Kamet vient buter contre les 2000m de la face sud. Situé à 5300m, en rive gauche, notre camp de base est un merveilleux lieu pour admirer cette face vierge. Pour rejoindre le plateau suspendu du camp I à 6000m on remonte un couloir raide bordé par des piliers de granit rouge se découpant sur le ciel bleu. Un dernier verrou en forme de goulotte permet de prendre pied sur le plateau. Puis par un cheminement audacieux entre vires de rocher, goulottes et sections de mixte on rejoint le camp II, belvédère unique à 6500m. De là, par le glacier issu de l’Abi Gamin, on monte au col Meade à 7138m.

Lors de la première ascension en 1931, l’expédition anglaise installa son camp de base à côté du lac Vasudhara à 4792m situé à 2 jours du pied de la montagne. Pour éviter des allers et retours épuisants sur les moraines nous avons décidé de monter le camp de base à 5300m.

26 octobre : camp de base, il neige depuis 3 jours. 1m60 se sont accumulés. Les grandes faces dominant le CB purgent régulièrement. Certains souffles d’avalanches viennent coucher la tente mess. La tente de Mumu et Fredfred s’est éventrée en plein milieu de la nuit. Certains bidons de matériel sont restés dans un camp intermédiaire entre le lac et notre CB. Résultat Marion n’a toujours pas reçu une partie de ses affaires dont ses chaussures d’altitude. Les porteurs ne veulent plus monter, trop de neige. Tout va bien. Et puis bien sûr l’officier de liaison apporte sa touche de pression : il veut 100€/pers de bakchich pour l’utilisation d’un téléphone satellite, d’un GPS et surtout d’avoir fait monter les porteurs à notre camp de base.

Être guide en altitude, c’est en autre gérer tout çà.

Pendant la préparation de l’expé en France on décide d’un nombre de jour que l’on aura pour tenter le sommet en fonction de l’altitude du sommet (nombre de camps), de la technicité de l’itinéraire mais aussi en fonction de la marche d’approche (courte ou longue, adapté ou pas pour l’acclimatation…). D’autres critères aussi rentrent en compte, certains sont subjectifs mais interpellent sur la viabilité de l’expé en termes d’organisation (région réputée pour ses problèmes de logistiques porteurs, météo pouvant engendrée des retards de vols intérieurs ou des éboulements sur les routes …). Depuis l’année dernière nous avons décidé de mettre en place un retour décalé pour ceux qui le souhaitent. Il est donc possible de rajouter une semaine de présence sur la montagne si le sommet n’a pu être réussi. Cette possibilité donne une grande liberté dans la tête des participants et évite le décompte parfois difficile à vivre.

Être 2 guides sur chaque expé, c’est bien sûr plus de sécurité sur la montagne car les décisions sont prises à deux avec parfois 2 visions différentes. Mais c’est aussi le choix d’être proche du groupe tout en étant moteur dans l’équipement de la montagne. Un de nous peut être devant pour tracer et équiper, l’autre restant avec le groupe. Mais c’est surtout dans les conditions difficiles que cela se révèle important : cela permet de prendre du recul afin de mesurer les différents choix. L’enjeu de réussite collective ne doit pas se substituer aux envies personnelles et la prise de risques déraisonnables. Après avoir vécu plusieurs expés seul comme guide, l’évidence de partager le côté décisionnel s’est imposée.

Au Kamet, pendant l’épisode de neige important, le choix de ne pas évacuer le camp de base n’était pas sans réflexion. Le choix aussi de partir sur la montagne sans faire des allers et retours depuis le camp de base était important.

Au cours des dernières expés la stratégie d’ascension s’est adaptée à la montagne mais aussi aux participants. Au Makalu II, après avoir équipé jusqu’au Makalu-la nous avions préféré former deux groupes pour tenter le sommet. Ceux qui étaient moins bien acclimatés bénéficiaient de 2 jours de repos en plus au CB, et surtout cela permettait de partager le portage ou le démontage du dernier camp entre les participants. Au Gimigela, sommet plus technique qui demandait d’équiper 700m de goulotte, nous avons préféré former 2 petites équipes de 3, très fortes techniquement qui alternaient pour équiper. Le reste du groupe continuant à s’acclimater sur les cordes posées.

Au Kamet ce fut encore une autre stratégie : la distance et le dénivelé importants entre le camp de base et le camp I, associés au fait que nous étions restés 3 jours au camp de base à déneiger, nous ont fait prendre l’option d’installer le camp I lors d’un premier portage puis suite à une journée de récupération de ne plus redescendre au camp de base. Chaque montée à un camp était suivie d’une journée de repos. Ce temps de repos pour l’équipe nous permettait Ludo et moi d’aller équiper au-dessus. Nous sommes restés 3 nuits au camp I puis 3 nuits au camp II. L’option d’aller dormir au camp III ne s’est prise que lorsque notre routeur météo nous a annoncé une accalmie du vent. Le Camp II étant protégé du vent, il était préférable d’attendre à cette altitude plutôt qu’à 7100m au col dans le vent.

Et après ? L’émotion d’être là haut est extrêmement forte. Mais ce qui reste quelques mois après ce sont surtout les moments vécus ensembles dans l’effort, l’attente ou parfois l’inquiétude. Ces heures de pelletage dans la tempête au camp de base, les repas dans la tente mess serrés les uns contre les autres pour avoir chaud, la découverte pas à pas du cheminement entre CI – CII, la journée de trace et d’équipement de la section CI – CII qui restera gravée dans nos mémoires… Et déjà les futurs projets sont évoqués, l’envie de découvrir reste intacte au fil des années nourrie par l’amitié qui nous lie. Merci à tous ceux qui nous ont fait confiance.

Les photos :

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Une approche par Josimath au lieu de l'indouisme.

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Acclimatation. On se ballade sur ces sommets 


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Une bien belle tente qui malheureusement ne résistera pas au tempête de neige

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Le CB avant la neige. 5400m

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La face sud qui était vierge jusqu'en 2009. énorme mais gde classe

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C'est ou les WC ? 1m60 de neige tombé en 48h !!!

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Retour du beau mais une trace difficile pour le camp 1

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Camp 1. 600m

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La barrière de rocher à franchir. Superbe.

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Sue Not qui fait la trace. Malheureusement l'année suivante elle disparaitra en tentant une ouverture en Alaska.

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Ludo, le king de l'altitude, Sue et john Vanco. 

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Sous le camp 2. 6400m

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Camp 2 à 6500. quel belvédère !!!

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Les pentes sommitales. Vue sur le Tibet. 

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Allez dernier mètres. On craque pas !!!

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Bravo à tous !!!!

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Published by jeanguide - dans Expédition
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