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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 08:07

Petit article pour se rappeler de bons moments de ski. 

Voici l'article que j'ai écrit dans Montagnes Magazine sur le voyage ski de randonnée au Kamchatka. 

 

Pourquoi partir skier au Kamchatka, destination très lointaine et surtout très coûteuse, alors qu’en 2009 l’enneigement était exceptionnel dans les Alpes ?

 Julien descente

Au fil des années mon goût de parcourir les lieux les plus sauvages de la Terre à ski de randonnée m’a emmené en autre en Iran, en Mongolie, au Canada, au Népal, en Argentine mais aussi en Géorgie du Sud. J’ai toujours pensé que le ski de randonnée était un merveilleux moyen de découvrir un pays, une région ou un massif montagneux. Pendant l’hiver l’activité est souvent réduite. Débarquer dans des petits villages noyés sous la neige est unique. Les spatules qui glissent là où le relief nous le permet. L’envie nous guide et cela donne une vraie sensation de liberté. Se balader à ski, c’est aussi prendre le temps de découvrir tant les paysages que les personnes qui vivent là.

Depuis quelques années, les neiges du Kamchatka sont très souvent associées à l’héliski. Refusant cette pratique, je m’étais éloigné - à regret - de l’idée d’aller sur ces volcans. Et puis au fil des années et des lectures, j’ai eu envie d’aller voir tout de même …

Le Kamchatka, en résumé, est une presqu’île de 1200 km par 450 km : sûrement un des endroits les plus exotiques pour user ses peaux. Située à l'extrême Est de la Sibérie, entre la mer d'Okhotsk, la mer de Béring et l'Océan Pacifique, elle est ouverte au tourisme depuis seulement 1991. C’est la plus grande concentration de volcans sur Terre (160, dont une trentaine en activité). L’hiver, la neige recouvre 100% du territoire. L’été, le spectacle est éblouissant car la nature est restée presque intacte.

Baie de lavacha

Le vol de Moscou permettant de rejoindre Petropavlovsk survole au petit matin d’Est en Ouest la péninsule. Les rayons du soleil découpent le relief en donnant toute leur dimension aux vallées inhabitées plongeant dans la mer. Les possibilités sont immenses. Il n’est pas rare d’apercevoir un troupeau de rennes. A l’approche de Petropavlovsk, nous découvrons les immenses volcans situés au Nord et Sud de la ville.

Aéroport de Pétropavlovsk

 

Si les immensités recouvertes de neige incitent à la pratique du ski en traversée, les belles pentes des volcans invitent au raid en étoile au départ de petites cabanes en bois. Elles sont nombreuses et souvent à proximité de sources d’eau chaude.

Pour une première approche du Kamchatka, j’ai fait confiance aux propositions de Laurent, français installé à « Pétro » depuis quelques années et ayant vécu une grande partie de sa vie en URSS. En deux petites semaines, nous souhaitions plonger dans la vallée des volcans situés au nord de Pétro, s’immerger au cœur de la neige pour vivre au rythme de nos spatules, des sources d’eaux chaudes mais aussi des perturbations météo !

Dès la sortie de l’avion, Laurent nous récupère et nous rejoignons le petit village de Pinachevo. Nous profitons d’une halte à Yelizovo pour faire le plein de saumon séché et de crabe. Le marché est incroyable, mélange de couleurs criantes avec le rouge des saumons et le gris/noir des baraquements. Le poids des années URSS se fait ressentir : barres d’immeubles en béton usées par le temps, maisons sommaires et très peu isolées, rues recouvertes d’une neige noircie par le trafic …

petropavlovsk

Marché au Saumon de Yelisevo

Pour rejoindre le cœur de la vallée il nous faut franchir le col Pinachevsky. Une vague piste zigzague entre l’immense forêt de bouleaux avant de rejoindre les pentes Ouest du volcan Aag. Ce matin il neige. Victor, spécialiste des aventures au cœur du Kamchatka, nous aide à transporter tout le matériel pour 10 jours. Fin explorateur, il conduit sa motoneige d’une main de maître. Après 60km à « bartasser » dans la forêt, nous plongeons dans l’immense vallée. Le ciel se dégage, on aperçoit la myriade de volcans formant une couronne autour de la rivière Nahycheva. Le Zhupanovskaya 2923m et le Dzendzur 2150m, nous font face. Chacun à son rythme, nous rejoignons la plaine puis la cabane Nalychevskije. Petit hameau d’une dizaine de cabanes de rondins : on se croirait en Norvège. On retrouve tout le charme et le confort de ses maisons. Le poêle ronronne rapidement et permet une douce chaleur pour sécher les affaires.

NEP9475

Le lendemain, sac léger, nous partons pour le Kupol (1674m). Une première section de forêt de bouleaux bien dense, juste derrière la cabane, nous fait douter de la meilleure option pour le retour. Ici, pas de carte détaillée. L’instinct de la direction à suivre prime sur l’utilisation des instruments. On sort sur une large crête avant de rejoindre un vague col. Tout le monde est en forme pour une longue journée. J’opte pour une traversée versant Est afin de rejoindre la crête au-dessus. Finalement, le sommet sera quelques heures plus loin. Le regard plonge sur les vallées sauvages à l’Ouest. Le soir, 1800m de dénivelée au compteur et surtout 2 heures de détente dans les sources d’eau chaude. Mais la vingtaine d’extra-terrestres casqués débarqués en hélico à 20m de la source, nous fera fuir l’eau au profit des récits d’aventures de Victor.

1ère cabane

premier virages du le volcan Aag

Ascension du Kupol 1674m - 1

Aujourd’hui, changement de cabane. Nous filons en direction Dzendzur. Les traineaux sont chargés. Après quelques heures de slalom dans la forêt nous découvrons une petite clairière au bord de la rivière. La cabane et les sources d’eau chaude sont là. Nous profitons de quelques heures pour aller skier au-dessus. Un rayon de soleil nous fait espérer une belle descente en neige de printemps entre les bouleaux mais non, ce sera de la « croûtée » pour le 4 heures. Le lendemain, au réveil, il neige. Peu motivés, nous mettons quand même les peaux pour le Dzendzur (2150m). Au fil des heures, le temps s’éclaircit pour devenir grand beau pendant la pause casse-croûte. Mais finalement, l’arrivée au sommet sera dans le mauvais temps. Nous en concluons qu’ici, ce n’est pas parce qu’il fait mauvais qu’il ne faut pas sortir et à l’inverse ce n’est pas parce qu’il fait beau qu’il ne faut pas prendre goretex et doudoune ! En revanche ces changements de temps donnent des lumières extraordinaires.

Coucher de soleil sur Koryasky

Fumerolle du Dzendzur 1

source d'eau chaude

Nous profitons d’une journée supplémentaire pour aller skier un sommet sans nom en direction des crêtes du Zupanovsky. Sous le sommet, Laurent nous indique dans le brouillard l’emplacement de fumerolles. Plus on approche, plus on ressent l’activité magmatique sous nos skis. Les jets de vapeur contrastent dans cet univers enneigé. Depuis le sommet notre regard se porte en direction du volcan Karimsky situé plus au Nord. La descente est longue et laisse le temps de rêver à une cabane au pied du Zupanovsky. Bien-sûr, l’idée d’emporter tente et réchaud pour un camp est une possibilité.

Le lendemain, direction le col entre les volcans Koryaksky et Avachinsky. La distance à parcourir est longue et les belles pentes du volcan Aag nous tenteront avant de basculer sur le versant sud. Ce n’est que tard dans la soirée que nous rejoignons le refuge situé entre les 2 sommets.

Contrefort du volcan Aagen montant au volcan Aag

combe ouest de Aag

Lavachinski

montée au Cratère

Bord du cratère 1

Jean descente 1

Avant le lever du jour, nous partons pour l’Avachinsky : pas un nuage au ciel et nous sommes seuls. Les chutes de neige des jours précédents présagent une belle descente. Une mer de nuage se forme quand on franchit le premier mur. Notre itinéraire nous fait passer par les bords d’une « caldeira », vaste dépression. Puis par une longue traversée, nous rejoignons le cône sommital. L’action du vent mais aussi des rentrées d’air humide a transformé la neige en cristaux de givre très dur. Au sommet, en récompense des efforts, un magnifique panorama s’ouvre devant nous. Le cratère, encore profond d’une centaine de mètres jusqu’en 1991, est à présent obstrué par une gigantesque galette de lave figée, qu’une fissure vient scinder en 2 parties inégales. De cette fissure, s’échappent d’immenses fumerolles. La mer de nuage laissant dépasser uniquement quelques volcans donne une sensation lunaire.

Petro la vbaie de lavacha

Les différents sommets skiés :

- Kuppul 1674m : depuis la cabane Nalychevskije remonter dans la forêt en direction de l’Est pour rejoindre une large arête. Vers 1350 m, on rejoint un col au pied de la pente terminale donnant accès à une belle arête skiable. A la descente une belle combe plonge depuis le col versant Est et permet d’éviter la forêt de bouleaux. 

Dénivelée : 1800m

Difficulté : S2

- Dzendzdur 2150m : Depuis la cabane remontée la large vallée sur la droite. Au sortis de la forêt, obliqué sur la droite à travers la steppe. On rejoint des petites combes qui donnent accès à la large arête menant au sommet.

Dénivellée : 1600m

Difficulté : S2

- Sommet sans nom à l’Est du Dzendzur : depuis la cabane emprunter une vallée plus à l’Est pour rejoindre le col entre le Dzendzur et les antécimes Jupanovo

Dénivellée : 1700m

Difficulté : S2

- Epaule de l’Aag : depuis le col Pinachevsky remontée les crêtes en direction de l’Est. Plusieurs sommets sont skiables et présentes tous des belles combes descendant versant Sud Ouest mais aussi Nord Est.

Dénivellée : 900m

Difficulté : S2

- Avachinsky : depuis le refuge remonter en direction du col situé entre le Koryaksky et l’ Avachinsky. Avant celui-ci obliquer sur la droite pour remonter de larges combes menant à une caldeira. De la part une grande traversée versant Nord on rejoint les pentes sommitales.

Dénivellée : 1700m

Difficulté : S2

- Epaule du Koryaksky : depuis le refuge remonter en direction du col situé entre le Koryaksky et l’ Avachinsky. Bien avant le col obliquer sur la gauche pour rentrer dans une belle et immense combe. La remontée jusqu’à ce qu’elle devienne étroite et raide. En fonction de l’enneigement on peut sortir sur une arête sur la gauche.

Dénivellée : 1300m

Difficulté : S3

 

 

Les autres possibilités en ski de randonnée :

- Au sud de Petropavlovsk on trouve les volcans Vilyuchinskaya 2173m, Mutnoskaya 2322m. Une cabane avec source d’eau chaude se situe entre les deux volcans. Il est possible de coupler quelques jours de skis dans cette région après avoir été dans la vallée des volcans.

- Sur la route pour rallier Ust-Kamchatsk, on trouve une chaîne de volcans dépassant les 4000m. Elle se situe à l’Est de Esso et au Sud de Klyuchi. Il faut compter10 h de trajet depuis Petropavlovsk. L’accès est complexe et la plus part des expéditions skis se sont fait déposer au pieds des volcans : Ushkovsky (3945m), Biezymyanny (2870m), Krestovsky (4057m), Karmen (4580m). Les sommets sont skiables mais techniques. Certains demandent un camp intermédiaire. La logistique est proche d’une expé en autonomie.

 

Le Kamchatka hier et demain :

Petropavlovsk n’est pas un simple port de pêche. Fondée en 1740 par Vitus Béring, au service du Star, elle est devenue pendant la guerre froide un lieu stratégique d’observation et de dissuasion des Etats-Unis. Attiré par les salaires et les primes, la majorité des habitants sont venus du continent. Mais l’effondrement du régime à modifier la donne : salaires pas payés, fermeture d’usine, flambée des prix sur les produits importés. En vingt ans la population a chutée de 25%. Le démantèlement des bases militaires a commencé. Le tourisme se développe mais profite à une petite minorité.

 

La cohabitation héliski – ski de randonnée :

Au Kamchatka l’hélicoptère n’est pas seulement un moyen pour aller skier. Il est avant tout un moyen de se déplacer et de ravitailler certains villages du Nord. La motoneige est elle aussi un moyen déplacement mais aussi et surtout un loisir. Sur les hauts lieux touristiques on retrouve des centaines de moto et très peu de gens à ski. Depuis une quinzaine d’année les propositions d’héliski n’ont pas cessé d’augmenter. Sur le terrain il est très rare de les voir. Car leur capacité à se déplacer loin et très rapidement leur font choisir de pentes ou combes souvent autres. Dépose à quelques centaines de mètres sous le sommet si la neige est difficile à skier au dessus, reprise à la fin d’une combe quand les pentes deviennent moins intéressantes, sont classique et dans le but d’optimiser au maximum la qualité de ski. En ski de randonnée on n’est pas du tout sur le même registre de ski, les journées sont longues mais la magie du sommet prend toutes sa signification après de belles remontées de vallées à travers des forêts de bouleaux, de paysages changeants et ou le goût de l’effort sera récompensé par l’immensité des paysages.

 


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Published by jeanguide - dans Voyage Ski de rando
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