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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 20:43

Le vent (suite mais pas fin)

Nous avons dû nous arracher aux douceurs de la base scientifique et administrative de Grytviken et refuser même, le 26 au soir, une invitation à laquelle nous avaient convié ses occupants, à une soirée qui s'annonçait pourtant prometteuse en Gintonic, afin d'appareiller tôt le 27 septembre, les prévisions pour les heures suivantes semblant nous accorder quelques belles heures qui nous ne pouvions laisser passer.

Direction à nouveau plein Sud pour quelques heures d'une navigation au moteur, qu'une trinquette aide à longer caps et baies ainsi qu'à aller à la rencontre d'icebergs gigantesques et solitaires mitraillés par nos objectifs.

Nous jetons l'ancre en fin de matinée à Ocean Bay, et y débarquons pour effectuer l'ascension d'une montagne sans nom mais non pas sans panache, son sommet étant couronné par une reproduction miniature de la Dent du Géant. Si le vent fait relâche, par contre la visibilité ne nous permettra pas de profiter pleinement d'une neige agréable.

Décision est prise de partir le 28 et le 29 réaliser à ski une traversée nous permettant de relier Ocean Harbour à Saint Andrews Bay. La chance nous sourit enfin quand, le matin, chaussant les skis sur la plage, nous voyons la brume épaisse se dissiper et laisser place à un soleil dont nous avions oublié l'existence. Plus inespérée encore est l'absence totale de vent, et c'est incrédules et grisés par ces conditions exceptionnelles que nous entreprenons une lente et longue montée. Nos pulkas sont parfois bien encombrantes lorsque nous devons parcourir des pentes en dévers car elles roulent sur elles-mêmes en nous entraînant inévitablement vers le bas de la pente. Mais nos efforts sont récompensés par les vues qui s'offrent à nous : celle sur le Mont Paget, 2934 m, plus haut sommet de l'île (ainsi que du Royaume Uni (2934 m), et quantité d'autres environnants, vue plongeante sur les parties terminales de glaciers immenses venant achever leur parcours sur de vastes étendues de mer.

Vers 16 h nous installons notre camp. Le brouillard s'installe alors et nous devrons le lendemain, après une longue nuit entamée à 18h30 sans vent mais non sans bruits (dont même les meilleurs boules Quies, quoiqu'on en dise, qu'elles fussent vertes, rouges ou jaunes ne parviennent à atténuer véritablement les décibels et les tonalités assez proches de celles émises par les éléphants de mer) revoir nos ambitions de traversée à la baisse en raccourcissant le parcours. Sur la plage d'Hound Bay, où nous achevons notre périple, nous attendent quantités d'éléphants de mer, mâles et femelles, certaines ayant à leur flanc un petit d'à peine un ou deux jours. Les mâles que l'on croit endormi dressent parfois leurs masses impressionnantes afin d'impressionner un autre mâle avec lequel l'affrontement semble inévitable. Alors, devant nous qui gardons nos distances, devant les manchots royaux qui, eux déambulent, indifférents, s'engagent les combats, d'immenses gueules s'ouvrent pour mordre l'ennemi, l'un des deux recule rapidement, après avoir encaissé quelques sales coups de crocs, il a perdu le combat qui en préfigure bien d'autres à venir, quand il faudra constituer son harem.

Pour nous l'heure est arrivée de regagner la chaleur du bord et la cuisine réconfortante de Marie Paule. Nous n'avons à nouveau pas réalisé exactement nos objectifs mais la Géorgie du Sud est ainsi qu'on doit être modeste en toute chose et s'adapter en temps réel à des conditions extrêmement capricieuses, difficiles à prévoir pour les météorologues.

Journée de navigation aujourd'hui, pour ce dernier jour du mois de septembre, qui nous a permis, sous un soleil inespéré, de parcourir une vingtaine de miles et de parvenir à l'extrémité Sud de la Géorgie. Tout au long de ce parcours s'offrirent à nous des spectacles exceptionnels véritablement de montagnes très alpines par leurs faces abruptes, leurs arêtes finement ciselées, mais aussi au caractère himalayen par leurs dimensions, et l'environnement sauvage dans lequel elles se situent. A cela il faut ajouter la mer, toujours la mer, ce merveilleux mariage de la montagne et de la mer, cette fascinante juxtaposition de deux mondes qui ne s'ignorent pas, et se marient en s'abandonnant l'un à l'autre. La montagne déverse dans l'océan ses murailles de glace qui se disloquent alors en une multitude d'icebergs et nous avons aujourd'hui eu la chance d'en voir de toutes les formes, de toutes les dimensions, on pourrait dire de toutes les couleurs tant celles-ci varient à l'infini. L'apparition d'une baleine non loin du « Sourire » nous comble et met un point final pour aujourd'hui à cette navigation mémorable avec soleil et sans vent.

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Published by jeanguide
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commentaires

Jo 04/10/2015 16:00

Bravo au plumitif qui atteint là des sommets dans l'art de la description imagée et ressentie.

Annie 03/10/2015 16:12

Bon anniversaire Nadine. Nous pensons à toi et à vous tous. Signé : Annie, Jean-Marc, Danielle et Jean-Pierre Micolod